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Ours & poupées Archives de la poupée L'univers de Joanna Thomas

L'univers de Joanna Thomas

 

 

 

 

L’univers tendre et édulcoré   de Joanna THOMAS

Un si petit monde ....


« Envolez-vous! Sur un nuage bigarré, un bout de ciel acidulé, une friandise saupoudrée de rêves, un arc-en-ciel, le parfum nostalgique des goûters d’autrefois. »

 

Pour les néophytes, la « poupée d’artiste » évoque bien souvent un poupon de biscuit ou de porcelaine. Le terme trop général employé à mauvais escient ne reflète pas l’immense créativité de nos artistes contemporains.

Cette fois je souhaite vous présenter l’univers de l‘artiste américaine Joanna Thomas qui réalise des pièces raffinées à mi-chemin entre la miniature et la poupée d’artiste.

Les poupées réalisées avec de la pâte polymère sont d’autant plus précieuses qu’elles mesurent environ 20 centimètres de haut, autant en largeur lorsqu’elles sont disposées sur des socles riches de détails.

Minutie, raffinement, précision sont les qualificatifs clés de l’univers de Joanna Thomas, à la fois gourmand et tendre, nuancé de tons suaves qu’elle maîtrise comme un peintre sa toile. Promener notre regard sur ses créations évoque ces morceaux de sucre qui, en se télescopant, en entraînent d’autres, définissant une trajectoire: le monde de Joanna Thomas est aussi celui de la peinture, des contes, de l’illustration, de l’histoire... Les Reines, les duchesses prennent tout l’espace, se partagent de véritables mises en scène souvent peuplées d’infimes détails: des accessoires, des oiseaux...On frissonne devant le spectacle d’une « Petite Fille aux allumettes » démunie, on compatit à la vue d’un personnage mélancolique, qui pleure et – c’est souvent le cas – incline la tête pour cacher sa tristesse.

 

Dès l’âge de 8 ans Joanna Thomas est obsédée par les poupées, mais pas n’importe lesquelles: celles que l’on amène à l’école, nichées dans le creux de la main ou dans la poche d’un tablier... C ‘est ce que Joanna m’a conté: elle emportait à l’école ses compagnons de jeu camouflés dans les poches de ses robes .

Joanna souhaite confectionner elle-même les vêtements des poupées mais elle est encore trop petite et la complexité de l’éxecution bien là pour une enfant pourtant hantée par cet univers, jusque dans ses rêves.

A l’âge de 12 ans elle réalise avec deux tubes de gouache, un jaune, un vert, une fleur dans un vase: une peinture qu’elle possède encore aujourd’hui. Sa mère qui connaissait le penchant artistique de sa fille, l’inscrit très tôt à des cours de dessins. Joanna peint durant de nombreuses années, ses tableaux sont déjà le raffinement, l’exactitude, ils ont quelque chose d’apaisant.

A 20 ans elle visite un salon de la miniature et tombe amoureuse certes d’une toute petite poupée mais terriblement onéreuse. Joanna décide alors de créer sa propre poupée et s’initie à la pâte polymère. Elle vend pratiquement toutes ses créations à des collectionneuses qu’elle fréquente au sein d’un club de la poupée puis s’investit dans la peinture et remporte plusieurs prix dont celui de la « Silver Star Artist » ( étoile d’argent).

C’est bien plus tard qu’elle abandonnera ses premières amours pour se consacrer  définitivement à la sculpture.

Les compositions de cette artiste explosent de coloris qui tempèrent la mélancolie de ses frêles et innocentes muses. Elles sont un sublime objet de décoration, parfait pour des cabinets, des boudoirs. Ces délicieuses créatures ont à peu près toutes la même taille, Joanna Thomas: « pour mieux les tenir dans la main, les placer dans une vitrine », précieuses pièces miniatures qu’elle enveloppe soigneusement dans de la mousse préalablement creusée avant d’expédier ses créations que les collectionneurs du monde entier adoptent avec frénésie.

Ses petites filles ou adolescentes ont un même point commun: leurs yeux de biche peints à la main sont avant tout candides et leurs cils - toujours peints à la main - reprennent les courbes de la nuque et de la tête: le menton frôle l’épaule. La fascination de Joanna pour l’innocence, la fragilité enfantine est extrême, au point qu’elle souhaite la restituer en 3D, capturée cette fois dans la pâte.

Joanna accorde une attention particulière au choix des tissus (les plus précieux), rares, onéreux, importés de France, d’ Italie.Une poupée peut revêtir plusieurs vêtements à la fois: une robe, un manteau de velours, de la dentelle, des jupons, une collerette, des châles en fourrure synthétique, des bas, des mitaines, des rubans: un exercice de couture d’autant plus remarquable que les jambes, les mains, les pieds sont de très petite taille! Les fronts sont couronnés, parés de diadèmes, les chevilles portent des bijoux; des rapaces, des colombes, des cygnes se posent sur les mains (ou non loin ) et les épaules;  les oiseaux, les animaux de compagnie sont eux aussi parés de grelots, de couronnes de baies.

« Little Marie-Antoinette » est exquise: elle ressemble étrangement à l’actrice Kirsten Dunst qui incarne la Reine de France dans le film de Sofia Coppola: «  Marie-Antoinette ». Pour cette pièce fascinante, Joanna a reconstitué plusieurs éléments à la perfection: le socle est la réplique des sols du château de Versailles, dallés de noir et de blanc. La coiffure de la poupée est l’exacte perruque de la dauphine. Les tons de la robe en toile de jouy, éclatants, sont à l’image des macarons tant convoités à la Cour de Versailles, un panache haut en couleurs et sensations, c’est l’évocation des fastes de cette Cour exubérante, aujourd’hui encore une source d’inspiration intarissable pour les créateurs de poupées. Les costumes de Joanna aux couleurs de l’arc- en - ciel se teintent de jaune poussin, de rose fuschia, de vert  pistache, de couleurs plus profondes et denses si le thème de l’hiver est abordé: les réglisses, le chocolat, le caramel ... cet univers très près de celui de l’enfance pétillant, bigarré, délicieux évoque les sucreries: les berlingots, les sucres d’orge, les barbes à papa... Les Duchesses se divertissent  autant que les adolescentes qui vont au cirque, accoutrées d’un chapeau de clown, d’un pantalon bouffant, elles savourent le nectar d’une pomme d’api, la fragrance d’un thé au jasmin... cet univers est un hommage à l’enfance, au passage de l’enfance à l’âge adulte, plus précisément une ode à la femme - enfant qui -  malgré son rang, ses responsabilités, sait se divertir dans une retenue mesurée: aucune des poupées ne sourit, chacune semble sussurer que le temps passe, qu’il faut le saisir à la volée. La carte de visite de Joanna Thomas représente Alice aux Pays Des Merveilles, une icône brune qu’elle a déclinée plusieurs fois, le sablier dans une main, la tête penchée, à l’écoute de cet infatigable métronome: « Tic-Tac, Alice, réveille-toi ».

Le monde de cette artiste en poupée est proche de celui de l’illustratrice italienne Nicoletta Ceccoli qui met en scène des petites filles confrontées à des situations pourtant réservées aux adultes.

Joanna Thomas s’inspire de bon nombre de choses, un conte, un ballet, un long métrage, une photographie. Elle étudie d’abord longuement la position du corps, sculpte la tête puis le corps après réalisation de l’armature - en métal - peint les yeux, le visage, habille la poupée et souvent adopte la perruque en fonction du résultat obtenu: selon la carnation plus ou moins  diaphane elle choisira les cheveux adéquats. Les coiffes des poupées vont du blond suédois au brun profond, parfois les joues sont décorées de coeurs peints à la main ou bien encore de larmes. Chaque pièce est une part de l’artiste, de son âme, Joanna témoigne: « ce sont des bouts de  moi que je diperse aux quatre coins du monde, dans des foyers que je ne verrai jamais, mes poupées sont les enfants innocents qui sommeillent en chacun de nous et j’espère partager cette même innocence par le biais de cette pâte malaxée pour donner de l’émotion ».

 

Joanna réalise environ une dizaine de pièces par an qu’elle vend directement sur son site, elle a précédemment participé à la prestigieuse exposition « Magnum Opus » à New York en 2007. Très appréciée pour sa patience, sa douceur et son dévouement à la poupée d’artiste, elle prend toujours le temps d’écrire aux illustrateurs si un dessin l’inspire pour en faire une sculpture, encourage les artistes du monde entier en laissant bon nombre de commentaires sur les blogs de ses amies créatrices. C ‘est la première  artiste en poupée américaine qui a su parler de mon ouvrage avec une infinie joie qu’elle a notamment partagée avec l’artiste Gail Lackey, membre de la NIADA.

Si en France nombre des collectionneurs méconnaissent le travail des artistes américains, aux Etats-Unis l’accueil de mon ouvrage a été très chaleureux car il mettait en avant des artistes européens peu loués outre Atlantique, pour cette raison je souhaitais faire découvrir le travail de cette artiste qui s’intéresse particulièrement à notre culture, passionnée par l’histoire de France qu’elle affectionne particulièrement .

Il suffit d’observer attentivement le détail des costumes pour l’affirmer: les chaussures des poupées ne sont pas réalisées au hasard: pompons, talons, plumes, tout y est! Avant de façonner ces minuscules et réels bijoux, Joanna se délecte et scrute attentivement encyclopédies et ouvrages et nous transporte ainsi dans le temps, tantôt les Duchesses se prélassent dans les allées des jardins, des palais, tantôt se rendent  au spectacle. Un monde si petit retraçant pourtant tant de siècles, illustrant tant de vies, d’anecdotes, de légendes, de destins de petites filles brisées ou plus chanceuses ...

Blanche Neige, Alice, Marie-Antoinette ne sont jamais bien loin , mais aussi Frida Kahlo ou encore Juliette dont elle a tiré un buste exquis niché dans une boîte antique... la plupart du temps les socles de Joanna Thomas sont de purs joyaux antiques: ainsi le passé et le présent s’enlacent dans une gourmande nostalgie aux doux parfums d’antan encore revisité, comme l’évocation de l’éternité.

Aude BERGER

Mis à jour (Samedi, 11 Février 2012 10:08)